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Poesie française par Theme

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Poésie française par Thème

Septembre -  Moi

 Maurice Carême (1899 - 1978)

Je danse

Maurice Carême

Je danse

Je danse dans la nuit,

Je danse dans le vent.

Mes douces mains qui plient

Tiennent légèrement

Ma robe d'organdi.

Ma robe, souplement,

Pirouette et s'éploie

Tandis qu'autour de moi,

Dans la nuit, dans le vent,

Les astres pirouettent

Dans leur robe d'argent.

 

Mon petit chat

Maurice Carême

 

J’ai un petit chat,

Petit comme ça.

Je l’appelle Orange.

 

Je ne sais pourquoi

Jamais il ne mange

Ni souris ni rat.

C’est un chat étrange

Aimant le nougat

Et le chocolat.

 

Mais c’est pour cela,

Dit tante Solange,

Qu’il ne grandit pas !

 

 

 

Je ne suis qu’une pomme

Maurice Carême

 

 

Je ne suis qu'une pomme

Un peu rouge, un peu jaune

Parmi beaucoup de pommes.

 

Je ne sais ce que pensent

Les centaines de pommes

Que le grand vent balance

Au milieu de l'automne.

 

Je m'accroche comme elles

En suppliant le ciel

De ne pas me laisser

Choir trop tôt sur le pré.

 

Je ne suis qu'une pomme

Un peu rouge, un peu jaune

Parmi beaucoup de pommes

Qui ne savent pourquoi

II leur faut être pomme

Dans un pommier d'automne

Et tomber comme moi.

 

Octobre – Toi dans le monde

 

Comment faire mon devoir

Maurice Carême

 

J’avais une ardoise,

Elle est à Pontoise.

 

J’avais un crayon,

Il est à Lyon.

 

J’avais un cahier,

Il est à Poitiers.

 

J’avais une lampe,

Elle est à Etampes.

 

J’avais une plume,

Elle est dans la lune.

 

Comment vais-je, moi,

Faire mon devoir ?

 

Il pleut sur le toit,

Et il fait tout noir.

 

 

Si mon père était un ourson

Maurice Carême

 

Si mon père était un ourson,

Ma tante Alice un gros pigeon,

Si mon oncle était un trapèze,

Ma sœur Anne, un bâton de chaise,

Si ma marraine était un mât,

Mon grand frère, un œuf sur le plat,

Et l’école, une vieille cruche,

Je ne sais pas comment irait

Le monde étroit que je connais,

Mais je rirais, ah, je rirais

À faire sauter les volets.

 

Emporte-moi mon cerf-volant

Maurice Carême

 

Emporte-moi, mon cerf-volant !

Emporte moi haut dans le vent !

Je veux tourbillonner dans l’air,

Avec les feuilles du hameau,

Et m’en aller jusqu’à la mer,

Escorté de grands vols d’oiseaux.

Emporte-moi, mon cerf-volant !

Emporte moi haut dans le vent !

Je veux faire le tour du monde,

Et descendre où il me plaira,

Pour entrer dans toutes les rondes,

Où rient les enfants comme moi.

Emporte-moi, mon cerf-volant !

Emporte moi haut dans le vent !

 

 

 

Novembre – La Vie et la Mort

 

Premier jour

Jacques PRÉVERT (1900 – 1977)

 

Des draps blancs dans une armoire ?

Des draps rouges dans un lit ?

Un enfant dans sa mère ?

Sa mère dans les douleurs ?

Le père dans le couloir ?

Le couloir dans la maison ?

La maison dans la ville ?

La ville dans la nuit ?

La mort dans un cri ?

Et l'enfant dans la vie.

 

 

L’automne

Jacques PRÉVERT

 

Un cheval s’écroule au milieu d’une allée?

Les feuilles tombent sur lui?

Notre amour frissonne?

Et le soleil aussi.

 

 

LA MORTE

Maurice Carême

 

Il entendit la mort?

Derrière cette porte,?

Il entendit la mort?

Parler avec la morte.

Il savait que la porte?

Etait mal refermée?

Et que, seule, la mort?

En possédait la clé. 

Mais il aimait la morte?

Et quand il l’entendit,?

Il marcha vers la porte?

Et l’ouvrit. Il ne vit

Ni la mort ni la morte ;?

Il entra dans la nuit?

Et doucement, la porte?

Se referma sur lui.

 

 

Décembre – Le Temps des fêtes

 

Chanson pour les enfants l’hiver

Jacques PRÉVERT

 

Dans la nuit de l’hiver?

galope un grand homme blanc?

c’est un bonhomme de neige?

avec une pipe en bois

?un grand bonhomme de neige?

poursuivi par le froid

il arrive au village?

voyant de la lumière

?le voilà rassuré.?

 

Dans une petite maison?

il entre sans frapper

et pour se réchauffer?

s’assoit sur le poêle rouge,?

et d’un coup disparait?

ne laissant que sa pipe?

au milieu d’une flaque d’eau?

ne laissant que sa pipe

?et puis son vieux chapeau.

 

 

 

Janvier et Février – La Célébration de l’histoire des Noirs

 

Poème à mon frère blanc

Léopold SEDAR SENGHOR

 

Cher frère blanc,

Quand je suis né, j'étais noir,

Quand j'ai grandi, j'étais noir,

Quand je suis au soleil, je suis noir,

Quand je suis malade, je suis noir,

Quand je mourrai, je serai noir.

 

Tandis que toi, homme blanc,

Quand tu es né, tu étais rose,

Quand tu as grandi, tu étais blanc,

Quand tu vas au soleil, tu es rouge,

Quand tu as froid, tu es bleu,

Quand tu as peur, tu es vert,

Quand tu es malade, tu es jaune,

Quand tu mourras, tu seras gris.

 

Alors, de nous deux,

Qui est l'homme de couleur ?

 

 

Février et Mars – L’Amour

 

DUALISME

Paul Géraldy

 

Chérie, explique-moi pourquoi?

tu dis: « MON piano, MES roses »,

?et: « TES livres, TON chien » … pourquoi

?je t’entends déclarer parfois:?« c’est avec MON argent à moi?

que je veux acheter ces choses. »

Ce qui m’appartient t’appartient !?

Pourquoi ces mots qui nous opposent:?

le tien, le mien, le mien, le tien?

?Si tu m’aimais tout à fait bien,

?tu dirais: « LES livres, LE chien »?et: « NOS roses ».

 

 

Déjeuner du matin

Jacques PRÉVERT

 

Il a mis le café ?

Dans la tasse ?

Il a mis le lait ?

Dans la tasse de café ?

Il a mis le sucre ?

Dans le café au lait ?

Avec la petite cuiller

?Il a tourné ?

Il a bu le café au lait

?Et il a reposé la tasse ?

Sans me parler

Il a allumé ?

Une cigarette

?Il a fait des ronds ?

Avec la fumée

?Il a mis les cendres

?Dans le cendrier ?

Sans me parler ?

Sans me regarder

Il s'est levé

?Il a mis ?

Son chapeau sur sa tête ?

Il a mis son manteau de pluie ?

Parce qu'il pleuvait ?

Et il est parti ?

Sous la pluie ?

Sans une parole ?

Sans me regarder

Et moi j'ai pris ?

Ma tête dans ma main ?

Et j'ai pleuré

 

Le vieux et son chien

Pierre Menanteau

S’il était le plus laid
De tous les chiens du monde

Je l’aimerais encore
A cause de ses yeux.

Si j’étais le plus vieux
De tous les vieux du monde

L’amour luirait encore
Dans le fond de ses yeux.

Et nous serions tous deux,
Lui si laid, moi si vieux,
Un peu moins seuls au monde

A cause de ses yeux.

 

 

 

Avril – La Joie de Vivre

 

Le Cancre

Jacques PRÉVERT

 

 

Il dit non avec la tête ?

mais il dit oui avec le coeur ?

il dit oui à ce qu'il aime ?

il dit non au professeur ?

il est debout ?

on le questionne ?

et tous les problèmes sont posés ?

soudain le fou rire le prend ?

et il efface tout ?

les chiffres et les mots ?

les dates et les noms ?l

es phrases et les pièges ?

et malgré les menaces du maître ?

sous les huées des enfants prodiges ?

avec les craies de toutes les couleurs ?

sur le tableau noir du malheur ?

il dessine le visage du bonheur.

 

 

Mai et Juin – Les Voyages

 

LIBERTÉ

Maurice Carême

 

Prenez du soleil?

Dans le creux des mains,?

Un peu de soleil?

Et partez au loin !

Partez dans le vent,?

Suivez votre rêve;?

Partez à l'instant,?

la jeunesse est brève !

Il est des chemins?

Inconnus des hommes,?

Il est des chemins?

Si aériens !

Ne regrettez pas?

Ce que vous quittez.?

Regardez, là-bas,?

L'horizon briller.

Loin, toujours plus loin,?

Partez en chantant !?

Le monde appartient?

A ceux qui n'ont rien.?

 

 

Page d’Écriture

Jacques PRÉVERT

 

Deux et deux quatre

quatre et quarte huit

huit et huit font seize…

Répétez ! dit le maître

Deux et deux quatre

quatre et quatre huit

huit et huit font seize.

Mais voilà l’oiseau lyre

qui passe dans le ciel

l’enfant le voit

l’enfant l’entend

 

l’enfant l’appelle

Sauve-moi

joue avec moi

oiseau !

Alors l’oiseau descend

et joue avec l’enfant

 

Deux et deux quatre…

Répétez ! dit le maître

et l’enfant joue

l’oiseau joue avec lui…

Quatre et quatre huit

huit et huit font seize

et seize et seize qu’est-ce qu’ils font ?

Ils ne font rien seize et seize

et surtout pas trente-deux

de toute façon

ils s’en vont.

Et l’enfant a caché l’oiseau

dans son pupitre

et tous les enfants

entendent sa chanson

et tous les enfants

entendent la musique

et huit et huit à leur tour s’en vont

et quatre et quatre et deux et deux

à leur tour fichent le camp

et un et un ne font ni une ni deux

un à un s’en vont également.

Et l’oiseau lyre joue

et l’enfant chante

et le professeur crie :

Quand vous aurez fini de faire le pitre

Mais tous les autres enfants

écoutent la musique

et les murs de la classe

s’écroulent tranquillement

Et les vitres redeviennent sable

l’encre redevient eau

les pupitres redeviennent arbres

la craie redevient falaise

le port-plume redevient oiseau